Des cellules progénitrices cardiaques épicardiques à l’origine d’arythmies cardiaques

17 avril 2020

Quand la biologie du développement s’associe à la biologie et à la physiopathologie du cœur adulte, elle permet la découverte d’un mécanisme cellulaire sous-jacent à une pathologie grandissante dans notre société, la fibrillation atriale et d’y apporter de nouvelles cibles thérapeutiques de prévention.

La fibrillation atriale (FA) est une conséquence d’une cardiomyopathie de l’oreillette qui affecte 1% de la population mais  atteint jusque 10% des sujets âgés. Souvent associée à des facteurs de comorbidité  (insuffisance cardiaque, pathologie de la valve mitrale, diabète, hypertension ou  obésité) elle se manifeste par des troubles sévères du rythme cardiaque. Voir la publication

Le risque de déclenchement de la FA est fortement accru par la présence de tissu adipeux enveloppant le cœur. La FA a pour substrat aussi bien le tissu adipeux que le tissu fibroblastique et sa matrice extracellulaire (fibrose) qui s’accumulent au sein de l’oreillette.

Quelle est l’origine de ces tissus envahissant l’oreillette ?

À l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, une équipe de recherche dirigée par Stéphane Hatem, directeur de l’UMR ICAN (unité Inserm 1166 / Sorbonne Université) en collaboration avec une équipe de biologie du développement cardiaque dirigée par Michel Pucéat (unité Inserm 1251 /université Aix-Marseille) ont répondu à cette question et publié les résultats de leurs travaux dans Circulation Research1.

Les travaux des équipes montrent que des progéniteurs cellulaires et leur dérivés précoces suite à une transition endothelio-mesenchymateuse (EPDC, « epicardial derived cells ») résidant et silencieux au voisinage de et dans l’épicarde, le feuillet endothélial recouvrant le cœur, se réactivent dans une situation pathologique telle que la cardiomyopathie atriale. Les deux mêmes équipes avaient montré2 que le peptide natriurétique atriale (ANP en anglais) sécrété par l’étirement de l’oreillette déclenchait l’adipogenèse des cellules épicardiques. Par des approches de traçage génétique de lignages et de séquençage de l’ARN de cellule épicardique unique (« single cell-RNA-seq, voir Figure), les équipes ont maintenant montré que selon le facteur d’activation, la réponse de l’épicarde était différente. Des progéniteurs stimulés par le facteur natriurétique atriale (sécrété à la suite du remplissage de l’oreillette) se différenciaient en adipocytes alors que ceux répondant à l’angiotensine (un régulateur de la pression artérielle) se différenciaient en fibroblastes. 

La collection d’échantillons d’oreillettes humaines d’une centaine de patients, a montré que l’activation de l’épicarde était en effet un phénomène localisé à certaines régions contribuant à l’hétérogénéité arythmogène du myocarde de l’oreillette.

Cette étude ouvre la porte à une utilisation de molécules pharmacologiques ciblant les voies rénine-angiotensine et/ou ANP pour prévenir la progression de la cardiomyopathie atriale et diminuer le risque de FA.

 

1: Suffee N, Moore-Morris T, Jagla B, Mougenot N, Dilanian G, Berthet M,

Proukhnitzky J, Leprince P, Trégouët DA, Puceat M*, Hatem SN*.

Reactivation of the Epicardium at the Origin of Myocardial Fibro-Fatty Infiltration During theAtrial Cardiomyopathy. Circ Res. 2020 Mar 16. CIRCRESAHA.119.316251 *MP and SNH are joint senior authors

 

2: Suffee N, Moore-Morris T, Farahmand P, Rücker-Martin C, Dilanian G, Fradet M,

Sawaki D, Derumeaux G, LePrince P, Clément K, Dugail I, Puceat M, Hatem SN.

Atrial natriuretic peptide regulates adipose tissue accumulation in adult atria.

Proc Natl Acad Sci U S A. 2017 Jan 31;114(5): E771-E780.

 

Contact chercheurs : michel.puceat@inserm.fr ; stephane.hatem@sorbonne-universite.fr


Retour à la liste des actualités
^ Haut de page
Voir Modifier Créer ici
Facebook Twitter Google+ Linkedin Viadeo Delicious StumbleUpon Evernote Scoop it Netvibes